
Je suis profondément attristé par la disparition annoncée de « Noise House Lat Phrao » qui représentait une salle de concert souriante et créative à Bangkok. Photos de mon dernier concert dans ce lieu, fin novembre 2025 avec Wannarit Pongprayon et Don Pengboon.
La première fois que j’étais allé à « Noise House Lat Phrao » mon taxi s’était perdu. Il était un sujet de sa Majesté le roi de Thaïlande, conducteur habitué à la circulation de folie de Bangkok. La « Noise House Lat Phrao » est situé dans une ruelle parallèle à l’avenue Lat Phrao 101 au niveau du soi 41. Le lieu était assez difficile à trouver pour un visiteur étranger. Je me suis perdu plusieurs fois avant de trouver une mise à jour de GoogleMap.
L’entrée donne sur une grande salle avec vitrine. La boutique sert à la fois de bar, de vente de disques et de dépôt d’instrument (petit clavier, guitare, flute, khaen, flutes, percussions). Les visiteurs peuvent saisir les instruments et se mettre à jouer et « jamer » soudainement par-dessus les disques diffusés dans l’atmosphère. Le premier lundi du mois (ou un autre jour) il y avait une jam géante et c’était le rendez-vous des meilleurs improvisateurs abonnés des concerts du lieu. La salle est toujours décorée avec soin par mille détails sympathiques. Des jolis objets attirent l’œil comme un rêve avec des guirlandes lumineuses.







Après le bar, un couloir avec une porte à gauche qui conduit à la salle de concert, à droite un escalier pour monter au salon et à la cuisine où Wannarit Pongprayon, quand il ne jouait pas ou ne courait pas après mille problèmes pratiques, faisait la cuisine pour les musiciens invités. En face, une porte donne sur une autre salle pour les fumeurs, salle ouverte sur l’extérieur. Pièce sans air conditionné où la température faisait facilement 15 degrés de plus qu’à l’intérieur. De jolies plantes vertes sont accrochées au plafond. Trois grosses poubelles sont présentes pour trier les déchets et canettes.
La « Noise House » s’était installée dans les locaux d’une revue d’art sur papier glacé qui a déménagé ailleurs. La salle de concert proprement dite était bien équipée avec une bonne sono, des lumières et un vidéo projecteur. Dans une petite pièce à côté, un backstage où était stocké une batterie, des cymbales, des amplis et quelques instruments. Les spectateurs s’asseyaient sur des poufs et quelques chaises. Il y avait toujours au fil des mois des éléments de décoration originaux. Le visiteur était installé dans une sorte de bien être agréable.
Pourquoi ce nom de « Noise House » ? Parce que c’était le rendez-vous de toutes sortes de style de musique du punk, K-pop, improvisation, jazz, free-jazz, créative music, pop, rock, funk, folk, techno, luk-thung, electro, expérimental, et bien sûr noise music… J’avais aussi participé à plusieurs jam-session. En général, les groupes invités venaient avec leur public. J’avais joué quatre fois au « Noise House » avec Don Pengboon, Wannarit Pongprayon et « Red Poetry » la performances de Plubploy Sirata avec Nitipat Ong Pholchai. Il n’y avait pas toujours assez de tickets payants pour une jauge de 50 à 70 places. La « Noise House Lat Phrao » n’a pas eu le temps de s’attacher un public régulier malgré des affiches au visuel super créatif. L’utopie d’une salle ouverte à tous s’est fait grignoter par l’ambiance de l’argent roi du capitalisme sauvage. Au Royaume de Thaïlande, il n’y a pas de subvention pour ce genre d’entreprise obstinément non commerciale. Alors évidemment, malgré l’ambiance chaleureuse, les dettes s’accumulent et il faut arrêter avant d’être étranglé.
La « Noise House Lat Phrao » était dirigée par Wannarit Pongprayon toujours souriant même avec des tonnes de soucis sous ses cheveux longs, avec l’aide de Fern Attit et de très nombreux volontaires qui bossaient dur pour que le lieu soit toujours accueillant. Ils avaient monté cette salle à la suite de l’expérience du « Bangkok Noise and Roll (street gig) » une organisation de concerts dans les rues de Bangkok à la sortie du Covid 19, lorsqu’il était encore interdit de se réunir en salle fermée. Il y avait une solidarité fantastique entre tous les musiciens de style différents. Une solidarité impensable pour un parisien habitué à l’individualisme égoïste de ses compatriotes. Tous les dimanches, en milieu d’après-midi, ils organisaient des concerts dans les lieux les plus incroyables : friches industrielles, échangeurs d’autoroute, le long de canaux ou de voies ferrées, en bord du fleuve Chao Phraya ou dans des jardins publics improbables. Ils amenaient une bonne sono et des lumières alimentée par un un groupe électrogène. Il y avait trois groupes à l’affiche, le dernier groupe commençait à la tombée de la nuit. Le public venait en suivant les indications diffusées par les réseaux sociaux.
Je suis profondément attristé par la disparition annoncée de ce lieu qui représentait une ville souriante et créative.





























