Anniversaire

Mon fils bien aimé va avoir 27 ans. Il termine de longues études de musique baroque. Nous avons toujours improvisé ensemble à l’occasion, au fil des années. Quand il avait sept ans je lui avait demandé de chanter sur « Tips » l’hommage à Steve Lacy. Photo Shahrzad

Léo Brunet aujourd’hui 20 février 2021

A 18h, l’heure du couvre-feu

Vidéo 1 : Sonnerie du couvre-feu en face de chez moi au couché du soleil. Vidéo 2 : Les jours rallongent et le couvre-feu est toujours à 18h. “Avant de mourir” de George Boulanger repris ensuite par Les Platters sous le titre “My Prayer” Vidéo 3 : Première page de « Tilework for clarinet » de Tom Johnson juste après le couvre-feu. Vidéo 4 : Permutations sur « je suis né confit » à l’heure du couvre-feu. Voix machine SIRI+Processing

Chronique du XXIIe siècle

Le virus mute, la liberté d’expression aussi. À l’époque de l’ancien bloc soviétique, on invitait ses amis à des séances artistiques de samizdat underground. Avec la dictature de la pandémie, Jean-Jacques Birgé montrait son film chez lui selon les règles de la morale sanitaire actuelle : rendez-vous pris par Internet. Huit places par séance maximum. Projection continue pendant trois jours aux heures de l’avant-couvre-feu. Ce n’était pas une fête, mais bien un RV local pour voir le film/vidéo/musique/événement/virtuel/folk/pop/jazz/free/image. C’était super. JJ sauve la mentalité créative d’avant le Covid 19 dans une formule spéciale échantillonnée de différentes histoires qui vont des documents folk du musée d’ethnographie musicale de Genève aux fanfares free, synthés trapus et obsessions musicales.  

Narration uniquement sonore non illustrative de l’image. Le toujours subversif principe de Dziga Vertov : les images et les sons se conjuguent uniquement de leur différence radicale. La tension narrative est superbe et ne nécessite pas, à mon avis, ses intertitres un peu trop intellos. Mais l’important est la transition, la mutation de la musique vers de l’image liquide, de l’imaginaire non approuvé par les canons Tik Tok (anciennement Top 50). Les photos d’écran que je vous donne sont prises au hasard. Une douzaine de photos ne peut résumer 50 minutes de vidéo. On finit par fermer les yeux et écouter la musique du monde. 

Jean-Jacques Birgé est un musicien obstiné. Il est en train de muter vers une nouvelle direction qui me plait. Moi, je ne fais plus de disques, ça ne sert à rien à part perdre de l’argent. Plus personne n’écoute de disques sous la forme CD (à part les bons vieux classiques achetés il y a mille ans si le lecteur n’est pas encore tombé en panne). À la place je fais des vidéos enregistrés n’importe comment et je les diffuse sur ma chaine YouTube. JJ lui, fait une oeuvre vidéo musicale avec l’aide de brillants vidéastes qui pourrait être comparable aux films d’artistes très valorisés que l’on voit à Beaubourg et dans toutes sortes de musées. JJ a d’abord fait un CD : « perspectives du XXIIe siècle » puis il a combiné les 16 pièces du disque en une vidéo d’une heure. D’autres gens l’ont déjà fait auparavant bien sûr, mais avec la musique créative de notre époque merdique il bascule dans une voie nouvelle et nous montre une direction intéressante. La mutation du virus créatif n’est qu’au début. 

Il faudrait projeter ce style d’oeuvres sur les stades de football, les terrains d’atterrissage, les murs  des hôpitaux remplis de contaminé. Les festivals, les concerts déjà rares risquent de l’être de plus en plus avec les multiples catastrophes s’échelonnant jusqu’au XXIIe siècle, (dont la cécité des organisateurs au pouvoir n’est pas la moindre). Il faudra trouver une autre façon de faire de la musique à part les « Lives » par Internet assez anecdotiques. Je réagis au film de JJ que j’ai vachement aimé. Je m’éloigne de son propos, tant pis. JJ écrit des intertitres pour réorienter vers une narration fictive : dans un siècle après la catastrophe globale globalisante du globe, des survivants retrouvent les merveilleuses archives du musée de Genève et découvrent la folk musique des siècles passés.

JJ pourrait tout à fait transformer ses intertitres (conçu comme à l’époque du cinéma muet) par des intertitres racontant au hasard « cent mille milliards de poèmes » comme un Queneau de l’époque numérique. L’intelligence artificielle réglée en random sortant chaque fois au hasard un commentaire narratif différent. Du coup l’esthétique free pourrait déboucher sur une sorte de jeu paravidéo ouvrant les méninges. Excusez cette chronique non critique. J’ai abandonné la critique « pro » depuis longtemps. Je déteste cette façon de causer de son ego masqué. Moi et mon ego sommes enchantés par l’oeuvre de JJ. Les oeuvres marquantes donnent envie de se remettre soi-même à créer en attendant le siècle XXII.  

Un article de Jean-Jacques Birgé

D’Étienne Brunet, en 2011 j’écrivais :  » Étienne Brunet accouche d’un nouveau concept, comme chaque fois, avec les forceps. Fidèle qu’à lui-même, il reproduit les gènes d’un autre médium pour sortir du noir et crier rage ou désespoir. Pendant un an il aura creusé une ribambelle de logiciels de son et d’image pour faire naître son projet inspiré d’un roman à paraître. Quand cela ? On ne sait jamais. Tinnitus-Mojo est son histoire, celle d’un musicien qui a perdu l’audition d’une oreille et se lance éperdument dans la quête infinie des nouvelles technologies pour retrouver sa forme, ou, à défaut, l’inventer.  » Étienne, rencontré il y a de 40 ans lorsqu’il jouait dans le trio Axolotl, a toujours choisi d’appuyer son art sur des concepts, qu’il enregistre Postcommunism Atmosphere avec Corneliu Stroe et Laurent Saiet, La légende du Franc Rock and Roll avec Saïet, Benjamin Ritter, Erick Borelva, Christophe Minck et Paul Rogers, Free/bifteck avec Daunik Lazro, Daniel Mille, Thierry Madiot, Borelva, Camel Zekri, Hubert Dupont, Julien Blaine et Fred van Hove aux grandes orgues avec qui il commet également Improvisations, ou Tips (Tribute to Steve Lacy) avec un petit ensemble, et bien d’autres albums où il saisit chaque fois l’essence-même de chaque culture, d’abord en CD, puis de plus en plus sur Internet, médium qui convient à ses élucubrations psychédéliques audiovisuelles. Ses livres, parce qu’il écrit comme il souffle, sont des disques de papier, rythmés et sonores. Isolé comme tous les artistes atypiques, seul comme tant de garçons de son âge égarés sur la Carte du Tendre, il lui a fallu composé avec le confinement.

Il a enfourché sa clarinette basse, fidèle Rossinante, et il a joué chaque jour des deux confinements, sur son balcon au printemps, dans sa chambre cet automne. C’est roots, enregistré à l’arrache avec son téléphone, mais ensuite réintégré à des images vidéographiques. Son passé de technicien à Canal+ lui aura peut-être servi à apprivoiser les machines. Dans le passé j’ai parfois joué avec Étienne, en trio avec son fils Léo à la Gameboy qui depuis est passé à la guitare baroque, au luth et au théorbe, en quartet avec Nicolas Clauss et Éric Échampard ; Étienne jouait alors du sax alto et de la cornemuse !

Étienne Brunet ne s’arrête jamais de défricher des territoires qu’il ne connaît pas, meilleure méthode pour ne pas s’endormir. De toute manière, comme tous les grands productifs, il meuble ses insomnies. On le retrouve à Bangkok avec un groupe thaïlandais, à Berlin avec le violoncelliste Tristan Honsinger, à Lisbonne dans un grand ensemble d’improvisateurs, commémorant Pierre Barouh qui fut longtemps son producteur dans un orchestre Saravah, avec les Africains Djeour Cissokho, Mamadou Faye et le groupe Allalaké ; il s’est aussi formé à l’écriture symphonique et collabore avec le plasticien Fred Sapey, avec les poètes Julien Blaine et Jacques Donguy…
Après l’ancien, Étienne vient de mettre en ligne son nouveau site, d’une grande richesse et profondeur. Le système, même dans ses marges, isole stupidement les compositeurs comme lui, travailleur acharné en liaison directe avec son temps, prêt à y laisser sa chemise, sa peau et son âme. Le succès est un concept absurde pour les explorateurs. Ce sont les risques qui donnent toute la saveur à la vie, car le chemin est toujours plus excitant que la destination.

Pendant le confinement

J’avais collaboré par internet pendant le premier confinement avec le batteur belge Dirk Wachtelaer. Je ne l’ai jamais rencontré en réel. J’aime bien le disque qu’il a sorti avec Frédéric Becker, Pengboon Don, Gate Garnglai, Pieter Lenaerts, Raphael Malfliet, Alec Ilyine, Azime Aksoy, Catherine Smet

Puis pendant le deuxième confinement j’avais joué tout seul puis par Zoom avec Shyamal Maitra

Vinyle

J’avais 19 ans en 1973. Epoque inoubliable qui expliquera ensuite avec du recul mes errements comme mes réussites. C’était la fin de la période héroïque des révolutions musicales et sociales. Cette série m’a rappelée les sensations électriques de ma jeunesse. 1973 est l’époque où se situe l’action de « Vinyle ». Fin de l’ère du rock psychédélique, déclin du funk. Émergence du Hip-hop, du Punk, de la new wave et du Disco. La série est intéressante, car elle montre bien le glissement des styles et des modes musicaux d’une époque à l’autre comme une dérive inéluctable. Le personnage principal est un producteur de disques. Le personnage permet d’écrire un scénario à rebondissement sur dix épisodes. Les musiciens : on ne saura jamais ce qu’ils font ni ce qu’ils pensent, ils sont noyés par la personnalité de Richie Finestra défoncé à la coke. Ce scénario organise la série dans de multiples directions, mais obscurcit le propos vers l’insupportable ego des producteurs de tous poils du maffieux au plus sincère passionné de musique. On a l’impression que les maisons de disques façonnent la musique et les musiciens grâce à leurs disques ce qui est archi faux. Pourtant la série est fascinante parce qu’elle cerne un moment capital de l’histoire de la culture et du rock par la même occasion. « Vinyle » fut un énorme flop sans précédent. La série créée par Martin Scorsese, Mick Jagger, Rich Cohen et Terence Winter avait coûté une fortune et a été stoppée dès la fin de la première année. Elle recrée pourtant à merveille l’ambiance des seventies par une habile fiction. Bien sûr comme presque tous les projets grands publics le free jazz n’existe pas ce qui affaiblit encore le propos.

Aux masques etc…

Aux masques etc… Impossible de participer au Creative Festival XIV de Ernesto Rodriguez. Respiration discontinue. Confinement aéré. Je me souviens du slogan du label d’Avantage dans les années 80’ : « Nous ne faisons rien pour améliorer les choses »

Bonjour musique

Je faisais moins de photos avant l’arrivée de la photo numérique. C’était l’époque où j’avais un groupe qui tournait bien. J’ai très peu de documents de cette époque à part quelques articles de presse et des flyers. Je m’occupais de musique et n’avait des photos ou vidéos que si un photographe professionnel s’en occupait. Je vous recommande d’abord l’onglet vidéo musique depuis quelques années je ne fais plus de disques. Ensuite l’onglet CD Vinyles presque tous mes anciens disques sur la plateforme Bandcamp, l’onglet écritures tout ce qui est écriture de musique ou de textes que je pratique depuis une douzaine d’années, l’onglet ego-graphie un résumé de ma carrière d’improvisateur et compositeur, l’onglet collaboration, les gens avec qui j’ai travaillé souvent, l’onglet critiques, un florilège de quelques commentaires de la presse, l’onglet blog-glob, vous y êtes, mes dernières nouvelles ou réflexions, l’onglet groupes No Groove Quartet à Lisbonne, Ring Sax Modulator, Tinnitus Mojo sur la surdité, Soundioulou Cissokho roi de la kora, Zig Rag Orchetra, Aller Simple et Axolotl. Le site n’est pas terminé il faut chercher des documents souvent 30 ans en arrière. La numérisation des photos noir et blanc est difficile. On voit l’ombre du smartphone sur de photos splendides re-photographiées.

Photo Shun Kambé

Concerts entre deux confinements

Ce n’est pas du jazz c’est de la musique ! J’ai vu le concert de Michel Portal hier soir dimanche à la Philharmonie en direct sur Internet. Projection sur grand écran et sono de studio chez moi. La vieillesse est annulée au profit de la beauté éternelle de la musique. Ne jamais se décourager quand on à la chance de jouer de la musique. Les douleurs et les doutes ne sont que détails mineurs. Portal est à l’Europe ce que Rollins est aux USA : une émotion radicale portée par des types hyper âgés, Portal 85 ans, idem Sonny Rollins, 90 ans, je l’avais vu il y a 5 ans dans un concert absolument merveilleux : énergie incomparable, renversante, miraculeuse. Quand j’étais jeune ils étaient mes modèles, maintenant que les années ont passées, j’ai mal partout je me sens vieux, je suis découragé et ils me redonnent le goût de vivre. Ce sont des chamans guérisseurs, des maitres en musique. Portal a abandonné ses dernières angoisses. Il ne livre plus que de l’émotion pure, beauté incandescente de la vie sublimée en musique. Héritage fabuleux pour les générations futures : la dissolution du jazz dans la musique classique ou la dissolution du classique dans la jazz. Improvisation ou écriture semblables : rigueur et modestie. Incomparable informel. Formel sans limite à l’aventure quoiqu’il arrive. Il y a encore des gens sérieux qui font bien leur boulot en France. Cette retransmission sur Internet du Festival de Jazz de la Villette était parfaite. Techniquement équivalente à des trucs qui intéressent un public un million de fois plus important. J’avais souvent des micros coupures du son du à la mauvaise qualité de mon débit Internet personnel. Ces micro coupures énervantes rappellent que l’on n’est pas dans la salle. Je hais les dimanches. Avant le Covid 19 je n’aurais jamais assisté à un concert par le biais de la technologie en direct. Maintenant c’est le masque dans la salle ou l’écran chez soit ! Masque ou écran c’est pareil ! Le seul truc chiant est de ne pouvoir additionner ses applaudissements à ceux du publique, d’être tout seul chez soi comme un con… J’ai pleuré presque tout le temps tellement j’étais ému. J’ai picolé du vin blanc pendant tout le concert, ce qui est absolument contraire à une hygiène pour vivre vieux. Portal donne un sens au changement de siècle par sa musique. Vraiment formidable.

CONCERT À ROSELYNE – MOBILISATION POUR LE SPECTACLE VIVANT ce mercredi Place du Palais Royal devant le conseil d’état à un jet de pierre du ministère de la culture. Programme à 16 heure dans la rue : VA PENSIERO – Verdi {Roselyne aime tant l’opéra} / SARABANDE – Haendel {Requiem pour le Spectacle Vivant tout le monde allongé mort} LE DESERTEUR – B. Vian {Les Paroles détournées : Nous étions il y a peu / Confinés, démunis / Mais voici l’agonie / On meurt du couvre-feu } BELLA CIAO Plus une batucada à faire vibrer les fenêtres de la ministre et une ou deux improvisations. Jouer avec des coups de vent imprévisibles et chanter avec le masque : expérience limite. Retour de quelques copains de l’orchestre Debout comme Grégoire Letouvet à la manoeuvre … Les intermittents du spectacle se mobilisent

Hommage à John Giorno décédé l’année passée, immense poète dont l’oeuvre était teintée de rock and roll. Joel Hubaut au Fest « Extra » à Beaubourg. Une pulsation bombardée à 105 BPM d’un pied de boite à rythme cardiaque pendant 50 minutes. En cette période de crise, j’avais l’impression d’entendre en téléportation au Musée Beaubourg le groupe Public Image ltd augmenté du groupe No Wave de Giorno du début des 80’ tout ça dans la seule magie d’une voix solo accompagné par un musicien ingé-son efficace. Emotion brutale et vertige poétique du No Future. Joel Hubaut pendant toute sa longue carrière a développé l’idée d’épidémie en peinture et poésie. Autant dire qu’il sait de quoi il hurle. Il a donné une de ses plus belles performances ce soir. Vraiment génial ! Contagion générale du grossiste en art en cadence avec un delay-echo au rythme implacable d’une syncope statique en boucle hypnotique. Ensuite je suis rentré dare-dare me coucher.

Avant hier, dimanche après-midi au Parc de la Villette. Le SPAT sonore Nicolas Chedmail (spatsonore.fr) invitait Denis Charolles (musiques à ouïr, percussions), Julien Eil (sax, clarinette basse), Jean-Brice Godet (clarinette basse) Jean-Jacques Birgé (électronique de poche) Musique 100% informelle. Performance soutenue par la ville de Paris pour « cet été particulier » non loin il y avait aussi le festival « Constellations : Villette Makerz, laboratoire collaboratif » des groupes de jeunes qui jouaient une bonne musique post bop tout l’après-midi sur une scène près du Canal de l’Ourcq, j’ai écouté deux ou 3 morceaux du « Zoot Octet » et je suis retourné à mon marasme « je hais les dimanches ». Le SPAT sonore est divertissant, original et créatif. Des instruments dans les arbres, un vélo tire une charrue sonore qui laboure les pavés en gémissant, un autre vélo distribue des baffes à des casseroles. Free Music pour parc et jardins, relecture de John Cage pour faire marrer les enfants. Le soir à l’autre bout du parc il y avait le grand Michel Portal qui se produisait à la Philarmonie diffusée en direct sur Internet. Ce début de mois de septembre donnait un sentiment de reprise des activités musicale à Paris après la catastrophe Covid 19. Tant mieux !

Fatoumata Diawara en direct sur Internet de Jazz à la Villette à la Philharmonie. Grande dame de la musique d’Afrique de l’Ouest elle défend les femmes et le Mali dans une situation difficile. Grande chanteuse, bon groupe, bonne vidéo mais cette fois la retransmission internet était trop mauvaise : des coupures toutes les 5 secondes dues à mon fournisseur de Box. Il y avait en même temps le match Marseille PSG et le flux internet sert automatiquement les trucs commerciaux. Le flux musical s’en trouvait perturbé, je n’ai pu aller au bout du concert parce que le magnifique rythme africain était transformé et rythme de robot cassé. Ca arrive souvent. Le flux internet est très inégaliatire à l’image de la société. La 5G n’arrangera rien. Rien ne vaut un concert live. Mais pour une musique festive comme celle de Diawara, les gens étaient tétanisés immobiles avec leur masques et obligation d’avoir le cul collé à sa chaise.